Tunnel

Le couloir est long, exceptionnellement long. Sans aucune décoration, sans aucun éclairage. Un tunnel. Seul un couloir bordé de portes mais sans véritables ouvertures vers l’extérieur peut créer cette perspective. Rien ne donne envie de s’y attarder mais soyons honnêtes, décorer un couloir est rarement une priorité. Au bout, il y a une petite salle à manger, éclairée par deux grandes baies vitrées qui vont du plancher jusqu’au plafond. En fin de journée, des bêtes informes viennent s’y jeter, elles n’ont plus l’instinct de celles qui fréquentaient ces lieux autrefois sauvages. Le bruit est sourd. Quelque chose de mou s’étale, qui rappelle les ventouses qu’on applique et qu’on décolle. Des tas de plumes et de boyaux restent englués, au point de bloquer la vue.


C’est sans doute ces évènements répétés qui inspirent aux résidents, dans un moment hors du temps dont ils perdent le contrôle, une course folle qui part du bout le plus sombre du corridor pour se terminer contre les vitres. Une course de cris et de battements de bras qui n’a d’égale que les yeux vides, tristes, hantés, de ces hommes et de ces femmes. Rien n’explique un tel désir de se fracasser contre le paysage vitré si ce n’est une peur, la peur profonde, sous-jacente, qui hante chacun de nous, grossit dans l’ombre et finit par percer. S’ils en avaient la force, si la plupart d’entre eux n’étaient pas amortis par les médicaments, les vitres éclateraient et cette course vers la mort se terminerait comme prévu.


O. V.


(description d'un couloir hostile; commencement du prologue d'un projet de roman en cours d'écriture)






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