TRIBUNE CONTRE LE RACHAT DE HACHETTE LIVRE PAR VINCENT BOLORE




C’est une récente table ronde qui m’a inspiré cette tribune, une discussion à bâtons rompus tenue à l’occasion du premier festival de la Société des Gens de Lettres (SGDL) le mois dernier, en compagnie de Marion Mazauric, dirigeante et fondatrice des éditions Au Diable Vaubert, Nathalie Iris, libraire, Luc Lang, auteur publié chez Stock, Séverine Weiss, Vice Presidente de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF), Christophe Hardy, président de la SGDL, et Alban Cerisier, secrétaire général du groupe Madrigal Gallimard Flammarion… dont on aura compris les craintes quant à la compétition des deux principaux concurrents bientôt unis, avec Vivendi (Editis) qui s'apprête à prendre le contrôle de Lagardère (Hachette Livre) !


Il faut dire que Hachette et Editis représentent la moitié des ventes en librairie, rien que ça. Dans le cas où le rachat se ferait, 70% du livre scolaire serait sous Bolloré, 70% du livre de poche, 65% pour la littérature générale. Ça serait un poids énorme, dont le grand risque, concrètement, est la sortie de petits éditeurs, par des effets de concentration sous le poids de l’effet grand groupe. Les éditeurs qui portent des voix nouvelles vont être évincer… Les libraires vont devenir de simples commerçants alors même que la librairie vit de la diversité des livres, et de celle de la création. Dans le domaine scolaire il y a des possibilités d’idéologie extrême et de contrôle de contenu dans ce que nos enfants apprennent. Sans parler de la cession des droits d’auteurs qui est une autre question… avec le rachat les droits d’auteur par Bolloré, alors que les auteurs auraient peut-être eu envie de les récupérer.


Bref, les risques sont énormes. D’autant plus que Bolloré est un fondamentaliste catholique qui a la réputation de laisser tout publier tant que ça se vend… A titre d'exemple... On a fait du livre du frère de Monsieur Bolloré un best seller a coup d’effet de groupe et en s’accaparant de la promotion (via les médias) et de la distribution (la place des livres sur les tables des librairies).


Alors qui soutient ce projet de fusion ?

Sarkozy s’est récemment positionné en faveur de la fusion Editis Hachette, mettant en avant son amour de la littérature et étant lui-même auteur faisant valoir la force de frappe au niveau promotion (présentation des livres à la télé ; dans les médias) et distribution. Créer des produits qui sont adaptables à divers médias, c’est bien tout ça mais quid du texte au final : n’est-ce pas ce qui compte le plus au delà des produits dérivés ? Rappelons, aussi, que c’est Sarkozy qui a augmenté la TVA sur les livres en 2011 !


Ce qui est frappant c’est le silence des éditeurs face à cette menace. Alors que ces gens croient que tout se règle par l’argent… c’est dingue, fou et inconscient. Levez vous éditeurs, levons nous auteurs, érigeons nous ensemble contre cette dangereuse aberration que constituerait cette fusion. Il faut agir vite et faire porter notre voix à la Commission Européenne pour stopper cette fusion. Il faut aussi de façon plus globale influencer les députés pour faire passer une loi de limitation de prise de capital dans l’édition et la culture par les grands groupes industriels, avec un niveau à définir. Les États-unis ont une tradition anti trust de longue date, tradition qui est moindre dans les pays Européens…


Et puis ce n’est pas que la propriété qui compte, c’est aussi et surtout la volonté de transformer les chaînes de production pour les rendre aussi performantes et bien huilées que les chaînes de montage automobiles. Le capital industriel s’intéresse à l’édition parce que c’est l’eldorado de demain…


EN GUISE DE CONCLUSION

Luc Lang, auteur chez Stock qui serait absorbé dans le grand groupe créé, a utilisé une image : un gros camion EDITIS sur l’autoroute et qui arriverait vite chez les librairies, avec des petites camionnettes conduites par des petits éditeurs sur des routes départementales, qui iraient moins vite forcément. Et de façon similaire les gros éditeurs pourraient se procurer le papier alors que les petits artisans ne pourraient pas. Je me suis essayé a faire ce dessin avec les moyens du bord, qui, vous verrez, ne sont pas dingues... Si quelqu'un veut s'y coller, alors cet article en sera le grand gagnant. En attendant... à vous toutes et vous tous qui lisez cette tribune, n’hésitez pas à commenter, partager, tagger vos amis auteurs, éditeurs, libraires, lecteurs. Merci.


O.V.