Qu’allons-nous devenir ?



“Qu’allons-nous devenir ?”

Inoubliable « Solène », roman de François Dominique, Verdier (2011). Un livre si doux, si poétique, mais qui pourtant fait peur. Tout en élégance et délicatesse, mais en même temps d’une violence inouïe. Une brève histoire de la résilience face à la nature, au soleil qui brûle tout. Avec une écriture très cinématographique, presque de l’ordre de la science-fiction par moments, cette histoire de confinement et de couvre-feu jouit d’une résonnance très actuelle.

“Qu’allons-nous devenir ?”

Telle est la grande question que ce livre nous pose à la page 92. Les 30 pages suivantes seront de toute beauté, il n’y a pas de mots pour décrire ce que l’on peut ressentir. Le récit des dernières heures, de la dernière lutte, des derniers espoirs, à travers les yeux d’une petite fille très spéciale au sein d’une fratrie on ne peut plus normale. Même si...

Un livre sensible, donnant aux lecteurs la délicieuse impression de se couler dedans, doucement, paisiblement, avant de s’y enfoncer comme dans des sables mouvants. Le piège est là, qui se referme autour de Solène, c’est-à-dire autour de nous, car c’est à nous que cette petite fille s’adresse tout au long du livre, à nous encore qu’elle demande de l’aide, à nous enfin qu’elle adresse ses dernières supplications, alors nous n’avons d’autre choix que de l’accompagner jusqu’à la fin. À moins que...

Un livre qui nous donne aussi à voir le rapport viscéral de l’auteur aux choses de la nature — arbres, oiseaux, animaux (ragondins, etc.), champignons (glébas, etc.) plantes et autres fleurs. Ce qui n’est pas sans rappeler André Gide qui, quand il soignait les fleurs, pensait encore aux hommes et à la culture des âmes. La nature et la poésie seraient-elles les moteurs existentiels de François Dominique, ou tout du moins ce qui l’anime en son for intérieur pour l’amener à accoucher de livres aussi beaux que celui-là ? Car il est beau, vous pouvez me faire confiance. Cela ne veut rien dire on le sait, mais le livre a reçu le Prix Wepler à sa sortie il y a une dizaine d’années. Une chose est certaine en revanche – avec Solène, François Dominique a créé un monde d’ailleurs, unique, très en phase avec ce que nous vivons aujourd’hui, et qui déjà pourrait nous servir de repoussoir à ce qu’aucun d’entre nous ne veut vivre demain.

O.V.

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