PAS ESSENTIEL... VRAIMENT ?



Je tiens ce livre comme on manipule la notice d’un meuble Ikea : je le tourne dans tous les sens pour en déchiffrer les instructions. Pas de surprise de ce côté-ci du monde, Le Tellier est membre émérite de l’Oulipo. Comme l’ami Queneau, il cherche des contraintes comme point de départ de toute écriture; les contraintes sont les clés de sa créativité. Ça m’évoque l’Abécédaire de Gilles Deleuze mais en plus essentiel. Barrée et bancale, cette Encyclopaedia inutilis a beau être un lieu “pas essentiel” comme nombre de Mecques culturelles, il n’en reste pas moins qu’y accéder en pleine possesssion de ses moyens requière des précautions dictées par l’époque. C’est un petit recueil de nouvelles à lire lors d’un confinement, en douce, loin des regards et des sourires de connivence. Car la nouvelle est un genre un peu oublié en France... à tort. Exercice ô combien formateur tant pour les écrivains débutants que ceux déjà aguerris, le format court permet de tester des histoires folles et insensées, en queue de boudin ou en forme d’exploration expérimentale. Sans les nouvelles, Les chroniques martiennes n’auraient jamais existé. Maupassant ou Paul Morand n’auraient pas connu leur instant de nouvelliste. Le Tellier n’aurait ne nous aurait pas donné cet ovni littéraire, ce tout petit trésor d’ingéniosité. Minuscule devrait-on dire. Et pourtant déjà si grand.

O.V.

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