ÉLOGE DU SILENCE



J’essaie de finir de lire Les silences de Rose de Patrick Martinez au Tourville, un bar bobo proche de l’école Militaire. Sandrine, alias “ESTHER100” sur les réseaux sociaux, explique à l’homme en face d’elle que la radicalité est ce qui la définit le mieux. Elle est prête à laisser mourir tous ceux qui ne sont pas vaccinés, elle parle des bébés rats qui font d’autres bébés rat partout dans Paris. Elle parle de cette Instagrammeuse avec qui elle est virtuellement en contact depuis 5 ans et qu’elle a rencontré il y a quelques mois pour la première fois. Elle dit… et plus elle dit plus j’ai du mal à me concentrer sur la fin de ce livre aussi bref que fort. Je rêve qu’Esther100 fasse la même chose, qu’elle se taise et laisse enfin place au silence. Mais non, Esther100 n’est pas Rose. Sans doute n’a-t-elle pas été violee à l’âge de cinq ans, sans doute n’a-t-elle pas été tentée de mettre fin à ses jours, sans doute n’a-t-elle jamais fait l’objet de phrases aussi belles que celles dont Patrick Martinez habille sa toute jeune héroïne, ces fulgurances du language au service d’une histoire aussi brève que nécessaire. À lire.

O. V.


(Photo des Silences de Rose du côté du Queensland, état Australien)