LE NOIR DE L’ÉTÉ




◾️ Avec son roman intitulé “Tu”, l’écrivaine Ève Chambrot réussit une gageure : écrire une histoire de mâle dominant de manière forte et singulière, à la deuxième personne. Une belle rencontre, apprend-t-on en 4ème de couverture. Mais assez vite, “tu” te sens écrasée par le mépris de ce type qui te crie dessus ou t’humilie : il t’ordonne de faire l’ordonnance de tes défauts, c’est son jeu préféré ; encore plus que celui qui consiste à te dire tout ce qui cloche en toi. C’est une habitude dont tu auras de plus en plus de mal à te défaire. Face aux agressions qui te visent, tu courbes la nuque. Une partie du problème vient du fait que, étant une fille maladroite, timide, manquant de confiance en soi, tu te sens chanceuse. Ève Chambrot ne dresse pas pour autant la liste des chefs d’accusation : elle ne porte pas de badge #Metoo en boutonnière, son livre n’est pas un tribunal. Il ignore le pathos et il est parfois comique. L’autrice revisite avec un certain talent les violences que lui fait subir un compagnon au sourire éblouissant, le danger pouvant venir de n’importe quel mot, de n’importe quel silence. Elle décrit avec brio une relation d’abord idéale puis une histoire de sinueuse et progressive emprise, et d’entre-soi de la forfaiture.

Au final, “Tu” est une réussite grâce à sa forme et à son style, originaux et inventifs, apparemment spontanés alors qu’ils sont très travaillés. À travers la métaphore de la sangle qui se resserre autour d’elle, fil rouge du livre, Ève Chambrot défend une idée. La sangle est cette relation destructrice dont le texte est un certificat d’existence. Le minuscule, l’infime espoir des femmes sous emprise et de toutes celles qui ont peur.

O. V.