La première marche

Elle est arrivée devant la porte, on lui a vite ouvert. Une fois dans le couloir, elle a tout balayé des yeux avec le sentiment bizarre de ne rien reconnaître. Elle s’est assise sur le grand canapé du salon, elle a retiré son bonnet, ses gants, son écharpe. Des bûches dans la cheminée, on entendait un crépitement doux et rassurant. Il n’en était rien. La dame de maison lui faisait un peu peur, avec ses longues bottes de cuir et son demi-sourire. Ce n’était rien à côté de l’escalier. Immense, en colimaçon, recouvert d’une moquette qui avait probablement le même âge qu'elle, avec des motifs géométriques orange et marron.


Il s’en est passé du temps, sans doute pas suffisamment. Elle n’arrête pas de regarder l’escalier, d’imaginer la grande chambre tout en haut. Grande sans doute parce que elle était toute petite. Si petite. Suffisamment petite en tout cas pour ne pas réussir à grimper sur le lit toute seule. Ce lit de 4 mètres sur 3 façon panneau publicitaire sur la route des vacances. Ce lit dont le sommier lévitait à deux mètres de hauteur comme pour mettre à distance toutes les peurs d'enfance dont on se sait que faire.

« Vous êtes d’accord ou pas ? » Une parole comme un aboiement. La tenancière la regarde le front plissé, avec un rictus de colère, de grandes rivières sèches autour des yeux. « Alors !? » Elle se fait mordre une seconde fois, plus fort. Alors elle serre ses lèvres, puis dit « Oui » dans un souffle. Peut-être la peur. L’envie sans doute aussi. Celle d’avoir à nouveau 7 ans et de se jeter dans le vide pour ne plus avoir le vertige.

« Oui ». Elle s’approche pas à pas ; le grand escalier est là, planté devant elle, immuable et grotesque. Sombre. Elle ferme les yeux et tout lui revient d'un coup. Ces choses de rien du tout qu'on ne dit jamais et qui reviennent tel un boomerang en pleine nuit. Elle a attendu deux trois minutes, quatre tout au plus. Au bout du silence, ses paupières se sont levées. Elle a posé son pied sur la première marche.


O. V.


P.-S. Texte non corrigé, écrit lors de l’atelier “Oser se lancer dans l’écriture” de Sonia Feertchak le mercredi 31 mars 2021). Par souci de transparence et d'archivage, vous trouverez ci-dessous les commentaires reçus suite à la lecture de ce texte au groupe de l’atelier :

- “J’aime la première et la dernière phrase”.

- “On ressent l’hostilité - la fille revient pour affronter ses peurs”.

- “Une ancienne maison de famille”.

- “Bonne utilisation du style indirect libre - extrêmement utile car c’est un “il” ou un “elle” qui tient lieu de “je”. Ce style a la vertu de pouvoir traduire des actes, et de lui donner des pensées”.

- “Un texte écrit du point de vue du personnage, c’est un flux de conscience”.

- “Il faudrait plus de descriptions, pour mieux visualiser”.






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