Le monde changera un jour

Dans le cadre de la campagne Stop pauvreté et de la mobilisation pour les 60 ans d’ATD Quart Monde, les Éditions Quart Monde et Souffle Court éditions ont lancé en janvier 2017 un concours de nouvelles. Son thème :   « On ne pensait pas qu’on arriverait à se parler ». Des personnes vivant dans des milieux habitués à s’ignorer ou à se mépriser se rencontrent, se parlent, s’écoutent, faisant ainsi tomber les barrières des préjugés et permettant à la société de changer de regard sur la misère et l’exclusion.

Trente nouvelles qui démontrent, chacune à leur manière, qu’on ne pourra vaincre la pauvreté que si des personnes de milieux différents, qui s’ignorent ou se méprisent, osent se rencontrer, se parler et s’écouter. 

 

Olivier Vojetta est l’auteur de Celui qui m’a appris à voir, l’une d’entre elles... 

À propos de Celui qui m’a appris à voir

Chaque page donne envie de dévorer la suivante. Cest lhistoire puissante de la rencontre entre un prisonnier et un jardinier.

Sarah, Éditions Quart Monde

 

... la délicatesse et la pudeur mise dans cette histoire de prison et de fleurs...

Dominique Baillon-Lalande, Encres Vagabondes

Extrait

« Chaque jour, c’est la même chose, j’attends ce moment tout en le redoutant.

— Clac !

Le loquet de cuivre lourd qui cède. Les vibrations qui se propagent. La grande porte en fonte qui s’ouvre devant moi.

— Clac !

La porte qui, tout à coup, se ferme dans mon dos. Le bruit qui viole les cavités internes de mes oreilles, le conduit auditif, mon cerveau.

C’est une constante dans ma vie : les portes, le bruit des portes, attendre qu’une porte se ferme avant de pouvoir ouvrir la suivante. Pas un jour ne passe sans que je me glisse entre les portes de ce gros millefeuille de murs, de barbelés et de miradors. Pourtant, ce matin, tout me paraît plus difficile. Il ne s’agit que de faire quelques pas, mais ce n’est pas simple. Je progresse – lourdement, lentement, presque douloureusement.

— Clac ! Clac !

La deuxième porte du sas s’ouvre puis se referme derrière moi, je me retrouve dans un grand couloir obscur, balisé par quelques ampoules jaunasses et néons défaillants postés de loin en loin. Îlots improbables et tremblotants qui diffusent une lumière fantomatique, comme venue d’un temps ancien. En même temps que je frôle les murs d’enceinte, il me vient des images oubliées que seule cette promenade pouvait faire apparaître à nouveau. Les fêtes de fin d’année au milieu des ordures, des rats, des cafards et des dépressifs. Noël à trois dans neuf mètres carrés. Le box des parloirs. Les visites de mon épouse, même si je lui disais à chaque fois de ne pas revenir. Et, soudain, la lumière crue me libère du passé, au bout du couloir. Je m’arrête et ferme les yeux. »

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